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Le b.a.-ba de l’intelligence artificielle en 5 questions

Juristes, comment bien vous servir de l’intelligence artificielle ? En 5 questions/réponses, Pierre Seveno, juriste chez Rocket Lawyer, fait le tour du sujet.


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La question de l’intelligence artificielle s’est tellement répandue qu’il est devenu compliqué de distinguer ce qui relève de la fiction de ce qui relève de la réalité. Nous vous proposons ici d’éclaircir la situation et de faire le point sur l’impact de l'introduction de cette nouvelle forme d’intelligence dans la sphère juridique.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

On parle d’intelligence artificielle lorsque la technologie mise en oeuvre permet à un système informatique de développer des capacités intellectuelles similaires à celles d’un humain. Pour cela, il faut parvenir à transcrire la logique du cerveau humain lors d’une prise de décision avant de l'intégrer dans une machine, laquelle devient capable de simuler une certaine forme d’intelligence.

Toutes les intelligences artificielles (IA) ne se valent pas. Certaines formes d'IA sont considérées comme « faibles », par opposition à celles qui sont jugées « fortes ».

Comment différencier les différentes formes d’IA ?

On parle d’IA faible lorsqu’une machine imite une tâche habituellement exécutée par un humain, reconnaître une photo ou du texte par exemple. Cette forme d’intelligence suppose des interventions humaines dans sa mise en place et son évolution.

Elle s’oppose à l’IA forte qui désigne ce que produit une machine dotée d’une véritable conscience et qui fonctionne en autonomie. Cette machine comprend le sens de ses actions, pense et éprouve des sentiments. Aujourd’hui, cette forme d’IA relève purement et simplement du domaine de la fiction : toutes les intelligences artificielles qui existent sont considérées comme faibles.

Par quel miracle une machine peut-elle développer de l’intelligence ?

La méthode d’apprentissage principale s’appelle le machine learning (ndlr : littéralement « apprentissage machine », également qualifié d'apprentissage automatique ou statique). Cette méthode consiste à fournir des données de départ à un système informatique puis à lui expliquer comment s’en servir. Cet apprentissage est habituellement supervisé par des humains qui vérifient et corrigent les résultats de la machine pour lui permettre de progresser.

L'objectif est, par exemple, de créer une IA capable de jouer aux échecs grâce au machine learning. Il faut d'abord apprendre à une machine les règles du jeu ainsi que la manière de déplacer les pièces. Afin qu’elle s’inspire des meilleurs, il faut aussi lui fournir une base de données constituée des parties jouées par des grands maîtres internationaux. Pour un résultat optimum, il faut enfin contrôler les parties jouées par la machine et lui indiquer les erreurs qu’elle a pu commettre.

Quel rôle aura l’IA dans la justice de demain ?

L’ouverture de l’accès aux données en matière de décisions de justice (ndlr : aussi qualifiée d'open data) permet de nouvelles applications de l’IA, notamment en matière de justice prédictive. Le principe consiste à apprendre à la machine à analyser la jurisprudence antérieure pour extraire des données statistiques et ainsi être en mesure d'estimer l’issue d’un procès. Grâce à cela, les professionnels du droit et leurs clients peuvent ainsi se faire une idée de l’intérêt d'engager un procès (chances de succès, ordre d'idée sur les dommages-intérêts auxquels les victimes peuvent prétendre notamment).

Côté magistrats, ces outils peuvent permettre d’avoir une meilleure vision de la jurisprudence rendue dans des espèces similaires et, ainsi, de contribuer à la sécurité juridique en assurant une meilleure constance dans leurs décisions. Bien entendu, l’usage de ces nouveaux outils ne remplacera jamais la casuistique, autrement dit, la nécessité d’une interprétation de la loi et de la jurisprudence à la lumière des faits de l'espèce.

Quelle est l’utilité de l’IA pour les juristes ?

Parmi les usages possibles de l’intelligence artificielle : la capacité à interpréter et à imiter le langage humain. Cela permet notamment à un système de parcourir un contrat pour faire ressortir les clauses qui nécessitent une attention particulière. Le gain de temps potentiel pour un juriste est considérable, particulièrement sur des contrats de plusieurs centaines de pages.

Récemment, la société LawGeex a décidé d’opposer son IA à 20 avocats chevronnés travaillant dans de grands cabinets américains. Le challenge consistait à analyser cinq contrats afin d’identifier les clauses soulevant des risques juridiques potentiels. Le résultat du défi est sans appel : la machine a identifié 94 % des clauses à risques contre 85 %, en moyenne, pour les avocats. Cet écart apparaît encore plus significatif lorsque l’on sait qu’il a fallu 26 secondes à la machine pour analyser les cinq contrats contre 92 minutes, en moyenne, pour ces avocats très expérimentés.

L’utilisation de l’IA permet de remplacer le juriste pour des tâches automatisables pour lesquelles il est moins performant que la machine. Cela lui permet de se libérer du temps pour se consacrer à des tâches plus complexes, à plus forte valeur ajoutée. Passer moins de temps dans l’analyse d’un contrat permet d’en libérer pour améliorer le conseil aux clients, la négociation des contrats ou encore la rédaction de conclusions et la préparation d'une plaidoirie.

En tout état de cause, l’IA est incapable de remplacer les capacités d’écoute et de conseil que fournissent les avocats. Pour l'heure, avocats et juristes n’ont rien à redouter de l'IA et ont tout intérêt à intégrer les développements qu'elle permet afin d’optimiser leurs méthodes de travail.

Pierre SEVENO, juriste chez Rocket Lawyer



© Editions Francis Lefebvre - La Quotidienne

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