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Interprofessionnalité : la SPE n’est pas la seule voie !

Portés par l’envie d’un environnement professionnel ouvert et collaboratif, la Compagnie Fiduciaire et Maître Tristan de La Rivière ont joué la carte de l’interprofessionnalité sans attendre la publication des décrets permettant la création des SPE. Rencontre.


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L’article 65 de la loi 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite loi Macron) ainsi que l’ordonnance 2016-394 du 31 mars 2016 (voir La Quotidienne du 19 avril 2016) ont permis l’exercice de plusieurs professions libérales réglementées (avocat et expert-comptable notamment) au sein d’une même structure, dénommée société pluri-professionnelle d’exercice (SPE). L’entrée en vigueur du dispositif était subordonnée à la parution de décrets appelés à en préciser les conditions d’application. Pas moins de huit décrets ont été publiés au Journal officiel le 7 mai (voir La Quotidienne du 16 mai 2017). Avant même la parution de ces textes, certaines initiatives avaient vu le jour, telle que la Compagnie du Droit, Société d’Avocats, une structure créée par les experts-comptables associés de la Compagnie Fiduciaire et Maître Tristan de La Rivière. Cet avocat et Jean-Philippe Romero, PDG de la Compagnie Fiduciaire, livrent un premier retour d’expérience.

La Quotidienne : Vous avez décidé de parier sur l’interprofessionnalité sans attendre la publication des décrets d’application de la société pluri-professionnelle (SPE) ?

Tristan de la Rivière En effet, la Compagnie du Droit n’est pas une SPE mais une SELARL qui a la particularité d’être détenue à 49,99 % par les experts-comptables associés de la Compagnie Fiduciaire et à 50,01 % par Maître Tristan de La Rivière, avocat à la cour. Cette structure adopte un schéma intermédiaire. D’une part, car, comme vous venez de le souligner, elle a été constituée avant la publication des décrets d’application de l’ordonnance du 31 mars 2016, d’autre part, car elle n’a pas vocation à exercer à la fois les professions d’expert-comptable et d’avocat mais uniquement celle d’avocat.

La Quotidienne : Pourquoi avoir opéré ce choix ?

T.R. La Compagnie Fiduciaire est un groupe déjà parfaitement structuré dans l’exercice de l’expertise-comptable et du commissariat aux comptes. Or il n’est pas possible de rapprocher experts-comptables, commissaires aux comptes et avocats dans une SPE. Pour la philosophie, nous nous sommes en revanche inspirés de la SPE. Nous avons pris le meilleur du modèle sans être tenus par des contraintes qui ne nous semblaient pas justifiées. Il est possible que la SPE n’ait pas le succès attendu. Je m’explique : si nombre de professionnels souhaitent pouvoir mettre en place une collaboration transversale, ils souhaitent aussi rester clairs sur le fait que leur structure est une société d’expertise-comptable, d’avocats, de notaires... Ceci étant dit, la SPE constitue une révolution qui va, directement ou indirectement, bouleverser le paysage des professions réglementées. Comme à chaque révolution certains sont frileux ou s’opposent frontalement aux nouveaux schémas, d’autres attendent de pouvoir s’en saisir, ce qui était notre cas.

Jean-Philippe Romero La Compagnie du Droit, c’est un projet que nous portons depuis deux ans et qui est arrivé à maturité avant la publication des décrets. Nous nous sommes donc adaptés. Sur le fond, notre collaboration est tout ce qu’il y a de plus interprofessionnelle même si dans la forme nous n’avons pas constitué une SPE. L’interprofessionnalité existe depuis toujours. Elle commence avec un expert-comptable et un avocat installés sur le même palier et se poursuit par la mise en commun de moyens, par des rapprochements ou des habitudes de travail. En ce qui concerne la Compagnie du Droit, nous sommes dans une forme très aboutie de collaboration avec un affectio societatis et un lien très fort. Nous souhaitions véritablement structurer ce lien pour avoir une approche « service clients » car, de mon point de vue, le vrai sujet de l’interprofessionnalité c’est le client. Nous sommes persuadés que nos clients (PME-ETI, startup, entrepreneurs, professions libérales et dirigeants) sont aujourd’hui à la recherche de « full service » parce qu’ils ont besoin de réactivité, de proximité, de gagner du temps, de trouver du confort dans la relation avec leurs conseils. C’est la valeur ajoutée d’une offre intégrée.

La Quotidienne : C’est ce que vous percevez sur le terrain ?

T.R. Clairement ! Certains clients nous choisissent parce qu’ils savent qu’ils vont disposer d’un expert-comptable et d’un avocat qui parleront d’une même voix. Ces clients ne souhaitent plus expliquer un même dossier à différentes personnes, s’adresser à des conseils qui n’ont pas le même niveau d’exigence, de qualité et de réactivité, ou encore qui peuvent se comporter comme des concurrents sur un même dossier. Les conséquences financières de ces errements c’est le client qui les assume !

La Quotidienne : Vous parliez de « full service », est-ce que vous envisagez d’élargir la collaboration engagée entre experts-comptables et avocats à d’autres professions réglementées ?

J.P.R. Dans un deuxième temps peut-être mais, pour l’instant, il faut d’abord consolider le projet. Nous avons débuté par la partie droit des affaires et par la fiscalité, à la rentrée prochaine ce sera le droit social ; il faut éprouver l’organisation du cabinet avant de passer à autre chose. Entre experts-comptables et avocats, les cultures professionnelles sont différentes, il faut donc s’assurer que les approches convergent. Pour parvenir à une vraie complémentarité dont le client bénéficie, il faut que le lien soit fort entre les personnes, qu’il s’agisse des habitudes de travail ou des process. Ça ne se fait pas d’un claquement de doigt.

La Quotidienne : On voit bien les avantages de l’interprofessionnalité, au placeriez-vous les points de vigilance ?

T.R. Il y a plusieurs points de vigilances. Pour moi la réussite d’un projet comme celui que nous avons initié c’est la rencontre d’associés et d’hommes. De valeurs et de vision. C’est primordial. On ne s’engage pas dans un projet de cette nature parce que c’est la « mode ». Avant de créer la Compagnie du Droit, nous avons pris le temps de définir les périmètres et les règles de fonctionnement : rémunération, facturation, secret professionnel. Il faut tout envisager et tout régler en amont. Comme le soulignait Jean-Philippe, chaque profession a sa culture et il faut trouver des points de convergence, faire en sorte que tout soit fluide.

La Quotidienne : La Compagnie du Droit tient donc davantage de l’aventure entrepreneuriale que du mariage de circonstances ?

T.R. Dans la phase de construction du projet, ce n’était pas un avocat et un expert-comptable qui se parlaient mais des chefs d’entreprise avec une réflexion sur leurs clients. Que veulent nos clients ? Quels services supplémentaires devons-nous être en mesure de leur apporter ? En effet, nous avons davantage raisonné comme deux entrepreneurs, en réalité comme plusieurs entrepreneurs puisqu’il y a 28 associés au sein de la Compagnie Fiduciaire.

Propos recueillis par Laurent MONTANT



Maître Tristan de La Rivière, Avocat



Jean-Philippe Romero, PDG de la Compagnie Fiduciaire

© Editions Francis Lefebvre - La Quotidienne